Malt : la grande désillusion

Dans cet article, j’exprime une déception mais surtout je propose à Malt comme à toutes les entreprises, notamment les plateformes d’intermédiation, une idée simple qui permettrait de mettre en place une pratique vertueuse et d’éviter toute forme de dérive : fixer un prix plancher pour chaque prestation.

Une très belle entreprise

Entre grande désillusion et très belle entreprise, il y a un gap et je tiens à préciser en préambule que Malt est pour moi une très belle entreprise qui mérite son succès. Pour un indépendant, Malt est une opportunité exceptionnelle de rentrer en contact avec des clients de tous horizons, c’est une passerelle qui relie des talents aux besoins du marché dans de nombreux domaines et pour de multiples métiers. J’ai connu Malt, anciennement Hopwork, quand je me suis lancé comme indépendant dans la vidéo après des nombreuses années de salariat en agences de publicité au titre de concepteur rédacteur et comme responsable ou chargé de communication dans des groupes comme Géodis ou IBM France. Malt, ce sont aussi des événements, une communauté dynamique, des conseils, et à chaque fois que j’ai eu l’occasion d’avoir au téléphone des collaborateurs de Malt, ce furent des rapports conviviaux, vraiment sympas. Bref sans aucune hésitation, je recommande Malt à 100%. Et lorsque j’évoque une grande désillusion, je veux parler de désillusion humaine et je vais vous expliquer pourquoi.

3 jours de travail, une insulte, des menaces physiques pour 89,30 euros

C’est la partie la plus ennuyeuse de mon récit et je vais tenter de faire court, d’aller à l’essentiel. Vous pouvez même scroller directement pour aller plus bas et découvrir ma suggestion : « Fixer un prix plancher pour chaque mission/projet ».

Voici le contexte : la mission consistait à sous-titrer en anglais des webinaires d’une durée d’environ une heure. Aucun fichier du texte en français n’était fourni par le client. Donc pour chaque vidéo, il fallait : retranscrire le contenu en français à partir du fichier vidéo, ensuite traduire le texte en anglais, puis insérer les sous-titrages en anglais, enfin intégrer titre et logos.

Le tarif pour chaque vidéo que j’ai proposé était de 600 euros sur le devis que le client a signé et provisionné. Je sais 600 euros brut, c’est peu mais j’ai volontairement opté pour un prix très très bas pour avoir le marché et revenir un peu dans l’algorithme de Malt. Et puis sur 6 ou 7 vidéos, cela représentait un potentiel de 4200 euros. Je pensais en avoir pour 2 à 3 jours par vidéo et il m’a fallu 3 jours pleins pour la première vidéo livrée au client qui dure 37 minutes environ.

Donc, on se met d’accord pour un essai sur une première vidéo, et le client valide le devis et provisionne la mission vendredi dans l’après-midi. Il me dit que c’est urgent et m’envoie le fichier du webinaire pour que je puisse travailler dessus rapidement. J’ai donc commencé vendredi puis travaillé samedi et dimanche toute la journée et j’avais déjà réalisé 23 minutes quand je reçois un message de mon client dimanche soir vers 20h30 qui me parle d’un soi-disant autre monteur avec lequel il aurait contractualisé la même mission, qui serait revenu vers lui avec des excuses. Il me demande si je peux laisser tomber la mission en cours.
Je lui écris à 23 heures en joignant un lien YouTube de la version en cours : « Pour répondre à votre question, je préférerais terminer cette vidéo déjà bien avancée dans la mesure où j’ai passé le week-end complet à y travailler pour vous livrer le plus vite possible. J’avoue que je ne suis pas à l’aise avec ce genre de situation, je pense que c’est à votre autre monteur d’assumer puisque vous me parlez d’excuses de sa part. Je pourrais comprendre si vous souhaitez poursuivre avec ce prestataire, vous n’êtes nullement engagé avec moi pour 6 ou 7 vidéos vis-à-vis de Malt, le devis et le provisionnement concernent une seule vidéo ».

Il me répond par mail lundi matin : « Bonjour Monsieur, Ecoutez, on ne change rien. Je suis respectueux de votre travail. Pouvez-vous mettre le logo sur la première page en plus gros ? JE vais regarder votre traduction et vous dire cela dans la matinée. Tout le reste est ok. Merci. »

Je lui envoie via wetransfer la version finale en HD de la première vidéo sous-titrée le mercredi 17 novembre en fin de matinée et je lui demande par mail si je peux valider la fin de la mission. Après 2 jours sans retour de sa part, quand je lui redemande par téléphone si je peux valider la fin de la mission, il me répond : « pourquoi car il reste 6 vidéos à sous-titrer ». Je lui demande si il se moque de moi, 600 euros pour retranscrire, traduire et sous-titrer 6 ou 7 vidéos de 1 heure, cela n’a pas de sens, etc. Il part en vrille rapidement, me dit « que je suis un gros connard et que si nous étions face à face, il me foutrait son poing dans la gueule mais que ce n’est pas la solution » et raccroche.

Un peu secoué, j’informe Malt de la situation qui réagit en moins de 2 heures et m’adresse le message suivant :

Changement de ton : bienvenue sur la planète Mars

Suite à la réponse de Malt, je les remercie, je suis rassuré, je suis sur un territoire de confiance.

Pourtant, 3 jours plus tard, une nouvelle interlocutrice de Malt me contacte par téléphone, et le ton change radicalement. Je tombe sur un mur, elle déjuge sa collègue, ce n’est pas un dialogue mais presque une leçon que je reçois, c’est moi le fautif, et elle tente désespérément de me convaincre que le client est de bonne foi. Elle revient ensuite vers moi et m’annonce qu’elle a trouvé un accord avec le client. La fin de la mission est validée et je reçois royalement 89,30 euros pour mon travail. Je suis impuissant, je me sens bafoué, totale désolation.

Là je ne suis plus sur la planète Malt, mais j’atterris plutôt sur Mars dans un monde étrange et suffoquant dénué d’humanité. Je comprends que je suis en train de m’offrir le grand chelem de la triple loose, et de subir l’ubérisation poussée à son extrême. Étrangement sur le moment, je pense à Émile Zola, à Germinal, à Maheu et au marchandage des tailles, plus précisément aux enchères au plus bas prix pour les lots de la galerie nord du Voreux. Je suis perplexe, en colère, et je me demande ce qu’en penserait Vincent Huguet, le fondateur de Malt. Se pourrait-il que le passage du mode startup à un modèle à grande échelle éloigne Malt de son ADN ?

Quelques jours plus tard, mon ambassadrice préférée revient à la charge, me rappelle mon engagement de livrer le fichier au client. Je réalise qu’elle ne prend pas en compte les échanges par mail avec le client fournis au Customer Care support, la vidéo étant disponible depuis 15 jours, depuis le 17 novembre et Malt le savait. La vidéo sera finalement téléchargée le 4 décembre par le client. Et vous savez quoi, le plus drôle c’est que ce dernier, celui qui m’a insulté, m’a adressé le message suivant : « Bonjour Monsieur. C’est ok, je l’ai téléchargé. Par ailleurs, j’ai décidé si je peux encore le faire de mettre un commentaire très positif sur votre travail sur Malt ». Monseigneur est trop bon…

Tout cela va trop loin, c’est du grand n’importe quoi, je décide de réagir et j’informe Malt que je vais rédiger le récit de cette triste aventure sur mon blog et que je leur enverrai le lien de l’article par correction. Mon interlocutrice me remercie pour le partage et me souhaite bonne continuation.

Je propose à Malt une solution : fixer un prix plancher pour chaque mission

Je comprendrais parfaitement que Malt supprime mon profil mais j’espère malgré tout que l’entreprise prendra en considération ma suggestion qui permettrait d’éviter cette dérive et de mettre en place une pratique vertueuse. Il s’agit simplement de fixer un prix plancher pour chaque mission ou projet, correspondant à la fourchette basse du marché.

Comment j’imagine la mise en place de cette pratique ?
Chez Malt, le mise en compétition s’effectue soit via le client qui sélectionne lui même directement les profils sur la plateforme, soit via un conseiller qui vous contacte par téléphone pour vous proposer la mission, soit via l’application Malt Open.
Concrètement en amont de chaque mission, le client intégrerait dans sa demande de prestation un prix plancher qu’il fixerait lui-même en fonction de son expérience de projets similaires. La grande majorité des directions de la communication des entreprises possèdent les compétences techniques et métiers pour évaluer ce prix plancher.
Autre possibilité pour les petites structures, PME et entrepreneurs individuels un peu novices qui ne maîtrisent pas forcément tous les paramètres, ce serait Malt qui fixerait le prix plancher. Là encore, c’est la force de Malt et de ses consultants qui bénéficient de l’expertise nécessaire pour accompagner le client dans sa recherche.
Nous pourrions même imaginer que Malt propose un simulateur de coûts pour effectuer cette opération. Dans domaine de la vidéo, ce calcul combinerait une multitude de critères : format (reportages, ITW, Captation d’événements etc.), durée de la vidéo, plans de coupe, nombre de caméras, de micros, lumière, temps estimé pour le montage, intégration d’un habillage, de musique, d’animations, de sous-titres, etc, couplés avec le niveau d’expertise souhaité par exemple.

Une entreprise qui soigne ses prestataires est une entreprise qui aime ses clients

J’ai sollicité l’avis de 2 responsables Achats et de 3 DirCom sur cette suggestion et les retours sur ce micro échantillon sont unanimes, l’adhésion est totale, même si ce principe ne pourrait pas s’adapter à toutes les situations, ni à tous les métiers.

Prestataires, intermédiaires, clients, c’est du Win Win, chacun y gagnerait !
Pour un prestataire dans la communication comme moi, ce serait une formidable avancée qui garantirait un revenu équitable et qui ouvrirait la porte à plus de transparence. Grâce à cette démarche vertueuse, chaque compétiteur pourrait soit s’aligner sur le prix plancher, soit proposer une offre supérieure en fonction de la valeur ajoutée qu’il pense apporter : expérience, qualité du matériel, compétences, créativité, etc.
Aujourd’hui, on assiste à une dérive des prix par le bas sur des prestations très simples. J’ai conscience que j’ai moi-même alimenté ce processus en proposant un tarif au ras des pâquerettes. Force est de constater qu’il y aura toujours un freelance qui proposera moins cher. Les cartes sont brouillées et cela devient très difficile ; un jour ou l’autre, on va finir par payer les clients pour pouvoir travailler…

Pour Malt, c’est la possibilité de renforcer son rôle d’acteur engagé et de réguler à minima le marché des sous-traitants. Je suis convaincu qu’une entreprise qui valorise ses partenaires est une entreprise qui aime ses clients. La mise en place de cette pratique constituerait un message fort adressé à son écosystème, et à l’ensemble de ses clients en les invitant à partager cet engagement et à participer à cette boucle vertueuse. De plus, en établissant un prix plancher, l’entreprise augmenterait mécaniquement ses revenus en bénéficiant de commissions plus importantes.

Votre avis m’intéresse…

Au delà de Malt, chaque société pourrait s’approprier cette démarche et votre avis m’intéresse que vous soyez prestataire ou donneur d’ordre. Avez-vous connaissance d’une entreprise qui aurait déployé un tel dispositif ? Et que pensez-vous de cette notion de prix plancher ? Est-ce pertinent, réalisable ou totalement idéaliste ? Avez-vous des contacts, des idées pour promouvoir cette pratique ?

Je veux rester pragmatique et aller de l’avant, et je veux croire que c’est un simple incident de parcours. Le cœur du sujet, ce n’est pas Malt mais la dérive des prix et je ne validerai aucun commentaire négatif. Je ne vous demande même pas de relayer mon article mais vos retours sont les bienvenus.

Plus encore, je suis prêt à participer à un groupe de travail et à investir du temps pour faire grandir ce concept de prix plancher. Faites-moi signe et merci pour votre attention.


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